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Le pari fou

Un jour, j’ai emmené la 928 sur un circuit à l’occasion d’une sortie Porsche par simple curiosité. Ça a été le déclic. Il pleuvait et la voiture suivait assez bien les 930. Son équilibre était exceptionnel, elle était facile à emmener, je pouvais faire

le clown sans risque, le tout avec des glisses fantastiques. Après cette sortie, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus ambitieux. En discutant avec Alain Lepage et Patrick Gonin, on a alors eu l’idée de tenter les 24 Heures du Mans en 1983 ». Seulement voilà, la route s’annonçait longue.

Une préparation épique

Avant tout chose, il était nécessaire de présenter un dossier à l’organisation (la participation se faisait uniquement sur invitation).

« Nous avons présenté notre projet et, après de longues semaines d’attentes, on a eu une réponse favorable. Je pense que l’ACO a été séduite par le fait que c’était la seule 928 à se présenter. À cette époque, les 930 étaient les plus privilégiées. »

Passé cette étape, il restait le plus dur : préparer la voiture et trouver les sponsors. Ceux-ci se bousculent d’ailleurs peu au portillon. Et pourtant, il a bien fallu faire des sacrifices pour remplir l’enveloppe nécessaire.

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Alors que l’usine Porsche disposait d’un budget de 3 milliards de francs, Raymond a réussi à réunir la somme de 300 000 francs pour les 24 Heures… Pas de quoi faire dans l’excès, d’autant que la mise au point de l’auto s’annonçait très compliquée. Il n’y avait aucune pièce pour améliorer les performances, tout était à créer. « Je me suis rapproché de Porsche. Ils m’ont alors annoncé « Nous ne proposons rien pour la 928. Par contre, nous construisons de très bonnes voitures de course. Nous sommes tout à fait disposés à vous en vendre une ». J’ai alors répondu : « ma 928 est déjà engagée au Mans, elle ira avec ou sans votre aide ». Par la suite, j’ai rencontré Jürgen Barth, directeur du département Porsche compétition, qui a bien voulu se pencher sur l’auto.

928S-FTMais très vite, ses ingénieurs se sont heurtés à un problème. L’injection étant mécanique, et non électronique, la marge de manoeuvre pour gagner de la puissance était très faible. Il fallait donc tabler sur le poids et la fiabilité. Ils m’ont fabriqué un arceau en aluminium, de nouveaux pistons et envoyé le moteur chez un spécialiste pour appliquer un traitement au Nikasil. Suivant leurs conseils, on a aussi remplacé les freins par des modèles de 917. De mon côté, j’ai fait travailler toutes les personnes de mon entourage qui avaient des connaissances en la matière. L’un s’est occupé d’usiner les arbres à cames, l’autre de préparer les culasses… Un de mes amis a même travaillé 2 semaines uniquement sur les pipes d’admission.

Au final, on a gagné 50 ch et perdu 200 kg en supprimant tout ce qui était inutile. Mais au-delà de la préparation, le challenge était d’abord de terminer la voiture à temps pour le départ. On n’avait que deux mois, le tout avec un budget ultra serré ! On a bien failli ne pas y arriver ».

Et pour cause, la semaine de l’épreuve, la 928 ne roulait toujours pas.

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